« Mines de charbon »

A la rencontre des derniers mineurs de fond de Pologne

Sébastien Husté, Photographe, le 11 décembre 2018

Si en France, les gueules noires font désormais partie du passé, en Voïvodie de Silésie, région sud de la Pologne, ces visages, ces regards, ces vies restent une réalité et un quotidien pour beaucoup de Polonais. Chômage ou tradition familiale, pousse certains jeunes aux portes des écoles des mines. Les femmes sont également nombreuses dans ce secteur, elles occupent  différents postes, manutentionnaires, ingénieures, techniciennes …

Mais le charbon Polonais est menacé, devant la chute du prix en 2013, le secteur vacille. Les syndicats, les mineurs et le gouvernement se mobilisent.

Cependant, en 2015, la COP21 conclu un accord engageant 195 États à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Ledit accord « de Paris » est depuis entré en vigueur le 4 novembre 2016. Tous les yeux sont rivés sur les énergies renouvelables. Pourtant le charbon reste le deuxième fournisseur mondial d’énergie. La Pologne continue d’en faire sa ressource principale. Garant de la sécurité énergétique du pays, les compagnies minières emploi 100.000 personnes. Des villes, des régions entières vivent encore de l’extraction de la houille.

En 2017, à contre-courant des efforts menés contre le changement climatique et la transition énergétique à l’échelle mondiale, le gouvernement Polonais sacre le charbon et poursuit sa consommation.

Autrefois propriétés du gouvernement, plusieurs mines ont été privatisées au profit de multinationales dans le but de développer un charbon « propre ».

L’essor de ce charbon propre sera-t-il la planche de salut des mineurs polonais ?

Le travail photographique

Sébastien Husté s’est rendu à plusieurs reprises en 2015, 2016, 2017 et 2018 dans des mines polonaises. Il projette un nouveau reportage en janvier 2019. Son objectif est de recentrer le regard sur les hommes et les femmes qui vivent de ce secteur économique, sur ces « gornik »mineur en Polonais.

Au cœur du patrimoine industriel d’une Europe en pleine transition énergétique, comment ces gens préparent ou subissent cette transition ?

Sébastien Husté a rencontré des anciens mineurs, des jeunes tout juste sortis de leur formation et des femmes; photographiant des instants de leur vie, des portraits rares et intemporels.

Ils ont été étonnés qu’un étranger soit venu les rencontrer, eux qui remettent constamment en question leur avenir et qui ont parfois l’impression d’être des ‘’mal-aimés’’, des oubliés.

J’ai pu travailler dans les mines grâce à l’intermédiaire d’un journaliste Polonais rédigeant des articles pour une compagnie minière. Jan Czypionka m’a permis d’ouvrir les portes de cet univers très fermé. Je suis descendu pour la première fois à – 600 mètres, dans le puits de la mine Ziemowit, c’était juste le lendemain de l’attaque terroriste au Bataclan. Dans l’ascenseur nous menant au fond de ce puits l’un d’eux, surpris de la présence d’un français à leurs côtés, m’a adressé ses condoléances. Ils étaient touchés qu’un Français ait fait des milliers de kilomètres pour passer du temps avec eux. » Aujourd’hui, cet accès aux mines est une faveur exceptionnelle pour un photographe Français et presque impossible pour la presse Polonaise.

Les images présentés ont été réalisées dans les mines de Ziemowit à Lędziny, Mine Jankowice à Rybnik, Wieczorek à Katowice, et la Mine Bolesław Śmiały à Łaziska Górn.

Le sujet peut être traité en noir et blanc, accentué par une ambiance propre à cet univers industriel, ou en couleur plus proche d’une réalité de notre époque. La série présenté propose ces 2 approches.